Je suis resté trois jours et trois nuits à regarder de la terrasse la montée des eaux. Son mouvement était si lent qu’il était difficile d’en percevoir la moindre oscillation.
Je ne suis pas en mesure de dire, ni même de raconter, ce qu’il s’est réellement passé durant ce temps. Il y eut à un moment un souffle léger auquel ce pays n’est pas habitué. Curieusement, je crois qu’il était chaud. Il ne parvint d’aucune façon à me faire bouger de ma place.
Quand l’eau ne fut plus qu’à quelques centimètres du parapet de la terrasse, je ne pus résister à l’envie, du bout des doigts, d’en caresser la surface. Elle était d’un bleu trop dense pour être parfaitement honnête. A quel profond pouvait-elle donc bien se révéler ?
La tentation de porter ce liquide à mes lèvres fut forte. Il était épais comme de la crème de ferme. J’ai résisté longtemps. En vain. Ce n’était pas de l’eau mais un goudron gélatineux dilué d’encre et de suie.
D’un geste mécanique, j’ai essuyé mon visage inondé de sueur. J’avais le désir violent de te voir. A quel point cardinal de la ville étais-tu retenu ? J’aurais aimé serrer mes bras à tes épaules pour te dire, d’intime, des mots dénués de sens, car demain, je ne le sais que trop, le temps ne nous sera plus que raconté.
(c)yrilberthaultjacquier&ledl
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