C’est arrivé par accident. Je ne sais plus très bien ni quand ni comment. C’était un jour de Juillet, à moins que ce ne fût au cœur de Novembre. Peut-être qu’une fêlure plus profonde qu’une autre s’est logée dans la cornée.
J’écrivais. Je me souviens que l’encre était de couleur bordeaux. La plume de mon stylo était souple et habile. Les mots s’enchaînaient aux autres sans la moindre hésitation. La maison était calme. Dehors, la fontaine du square ne coulait plus; l’eau en était gelée. La ville s’était faite désert tant le vent soufflait à tout rompre.
J’ai regardé longuement d’étranges ombres bleues s’enlacer sur le parquet du bureau. Ce fut à ce moment là de la journée ma seule distraction. C’est dans ce temps qu’elles ont figé ma vue. Je fus paralysé, comme hors de moi, vide de tout sens. J’étais un autre qui ne savait à quel Saint se donner.
J’eus envie d’une cigarette. Mon paquet de Sakura était vide. Mes muscles se faisaient douloureux. Je parvins non sans mal à regagner la terrasse. Les bonzaïs n’étaient plus qu’herbes folles, les transats de teck réduits à des feux de joie et des tas de cendres chaudes
La fontaine, tout comme le square avaient disparus. De l’eau envahissait les rues. J’avais peine à discerner son étendue. Je sus, par intuition, qu’elle était profonde. Pour autant, je ne fis pas le pas.
*****